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Conférence du jeudi 27 Septembre 2018 Théme : l’identité de la SSP

CONFERENCE DU JEUDI 27/09/2018

THEME:

 » L’IDENTITE DE LA SŒUR DE SAINT VINCENT DE PAUL « SERVANTE DES PAUVRES » DE GIJZEGEM
(Par Sœur Césarine BODI YANDI VOSO, SSP)

Mgr le Vicaire général du diocèse de Boma,
Révérende Mère Provinciale,
Révérend Père, révérendes sœurs,
Chères frères et sœurs dans le Christ,
Distingués invités dans vos titres et qualités respectives,
Je commence premièrement par remercier la Commission préparatoire du bicentenaire, et en particulier la Supérieure provinciale, Sœur Sylvie NZUZI PHANZU, présidente de cette commission, qui ont voulu que nous soyons parmi des conférenciers de ces journées culturelles.
Hormis l’introduction et la conclusion, notre conférence s’articule sur 3 points:
I. Généralités sur le concept « identité »
II. L’identité de la Sœur Servante des Pauvres de Gijzegem (en crise ou mise à l’épreuve) ?
III. L’identité de la SSP dans le vécu du charisme et de la spiritualité de son institut.
INTRODUCTION
Il y a belle lurette que les religieux et religieuses, s’interrogent sur leur identité. Et ce thème reste d’actualité. Nous pouvons constater que, par exemple, dans aucune retraite annuelle organisée par la province où le prédicateur d’une ou d’une autre, n’a parlé ou abordé un point sur l’identité religieuse ou sinon sur notre identité, nous les religieuses de Saint Vincent de Paul, Servantes des Pauvres.
En plus, durant toute l’année qui a suivi l’ouverture du bicentenaire de l’institut, les Sœurs Servantes des Pauvres ont eu l’occasion d’organiser chaque mois un triduum d’adorations et de prières au cours duquel elles ont médité sur la Parole de Dieu, sur un Article des Constitutions et sur un extrait de la vie de leur fondatrice, Mme E. de Robiano. Ces trois jours (du 19 au 21) ont été des moments privilégiés de partage de la Parole et d’offrir à Dieu nos intentions et supplications. C’étaient aussi des moments de méditation où nous entrions davantage
au-dedans de nous-mêmes pour revoir ce que nous sommes encore aujourd’hui après deux cents ans de présence dudit institut dans le monde, dans l’Eglise et au service des Pauvres. Bref, des moments de revoir notre identité de servantes des Pauvres.

I. Généralités sur le terme « identité »
I.1. Conceptualisation
* Que signifie une identité ?
– Identité: un ensemble d’éléments à partir desquels on peut identifier quelqu’un selon un mode de vie choisi.
– Identité: un ensemble d’éléments à partir desquels un individu se reconnaît et est reconnu.
– L’identité donne à la personne une certaine orientation, une direction, une vision, des comportements et attitudes appropriées. Il faut en avoir la conscience sinon on ne vit plus heureux (se) et on vit dans la crise or :
– il faut respecter son identité pour vivre heureux (se)
– il faut avoir peur, honte du péché et du mal comme Adam et Eve lorsque Dieu les interpella. (cf. Gn, 3, 8-10). Ils se sont cachés parce qu’ils avaient honte, ils avaient perdu leur identité.
I.2. Quelques questions capitales
1) Et nous Sœurs Servantes des Pauvres, Quelle est :
a) notre identité c.à.d. « Qui sommes-nous » ?
b) Quel type de religieuses sommes-nous encore aujourd’hui ?
2) Sommes-nous encore ces Sœurs Servantes des Pauvres, selon le projet de Dieu et d’Elisabeth de Robiano ?
3) Ne sommes-nous pas en train de traîner notre identité à terre ?
4) Comment sauvegarder notre identité religieuse ?
5) a) Sommes-nous encore une référence pour notre monde ?
b) Quel est notre témoignage au milieu du peuple de Dieu ?
c) Notre identité n’est-elle pas renversée par des antivaleurs; ne représente-t-elle pas une échelle renversée des valeurs ?
Autant de questions à nous poser.
II. L’identité de la Sœur Servante des Pauvres de Gijzegem
II.1. L’identité de la SSP est-elle en crise ? Mise à l’épreuve ?
Il me semble que nous n’obtiendrons aucune réponse valable à nos questions posées ci-haut si nous ne partons pas du fait que la sœur servante des Pauvres peut connaître, comme la plupart des hommes de son époque, une crise d’identité. Celle-ci, dont les causes peuvent être les mêmes, comporte des éléments que nous allons analyser plus loin dans notre exposé. Il y a aussi des circonstances où notre identité est mise à l’épreuve.
Ces éléments et circonstances valent la peine qu’on y réfléchisse que dans la mesure où ils aident la sœur servante des Pauvres à prendre conscience qu’elle est appelée à vivre la Bonne Nouvelle pour toutes ces âmes inquiètes, hantées par la même question : la religieuse, c’est qui ?
Comme la question de cet enfant, de ce jeune ou de ce monsieur et cette dame : « Masela buna na ? Ki masela buna mbibiobi e ? »
Comme ces gens que nous rencontrons dans le bus ou dans le taxi, lors de nos différents voyages et qui, à notre vue, s’engagent à des débats houleux sur l’identité des consacrés ou parfois tenant des propos méchants ou qui nous gênent surtout durant notre voyage parfois long et qui nous font rendre le souffle à la descente du bus ou du taxi; des débats parfois qui divisent les voyageurs, les uns prenant parti de la défense des religieuses, les autres les méprisant et les critiquant négativement alors que la religieuse qui les écoute n’a provoqué personne. Mais elle devient leur cible, leur victime des critiques.
Qu’est-ce que cela peut-il nous révéler? A quoi cela peut-il nous interpeler?
En effet, « l’identité de la sœur de saint Vincent de Paul, « Servante des Pauvres », s’inscrit dans celle de la vie religieuse » en général. Dans sa particularité, l’identité de la Sœur Servante des Pauvres se révèle dans sa manière d’être, de faire et de vivre le charisme et la spiritualité de sa congrégation, selon ses Constitutions.
Comme les autres religieux et religieuses, elle s’inscrit également aux témoignages de ses engagements par lesquels la servante des Pauvres concrétise la manière dont elle continue à répondre à l’appel du Christ et à Le suivre. (Nous devrons ainsi être attentives à l’exposé de Mgr le Vicaire général, à ce sujet).
II.2. L’identité de la SSP dans son expérience de vie quotidienne (Sa manière d’être, de faire et de vivre et de témoigner le Christ)
Dans les villages ou les cités rurales du Mayombe, les gens nous appelle des  » ba mama »: Des religieuses/ des femmes, des mamans, leurs mamans. Pour cela, qu’avons-nous de spécial ?
En nous regardant physiquement, est-ce que nous sommes différentes des autres femmes qui sont ici ou que nous rencontrons dans nos milieux de vie et d’apostolat ? Alors qu’est-ce qui nous caractérise et qui nous rend différentes d’elles et qui peut nous amener à dire que bien que nous soyons des femmes, nous ne sommes pas n’importe quelle femme. Mais quelles femmes sommes-nous ?
Certes, de part notre vocation et consécration à Dieu, nous sommes des religieuses, des femmes qui doivent être traitées et se comporter autrement, différemment des autres femmes (Cf. Le prédicateur de la retraite de l’année passée (2017) : Mgr Jean Basile Mavungu Khoto, Vicaire général du diocèse de Boma).
Dans sa lettre aux consacrés, le pape François nous exhorte: » Soyez des femmes de communion, soyez des signes crédibles de la présence de l’Esprit qui infuse dans les cœurs la passion pour que tous soient un ».
Notre monde a besoin des modèles à suivre. Il veut que nous demeurions le sel de la terre et la lumière du monde. (cf. Mt 5,13-16). « Pas de religieux (ses), l’Eglise n’a pas de forme », dit Matungulu Otene.
Et puis nous devons constamment questionner le peuple de Dieu sur notre identité, comme Jésus à ses disciples (Mt 16, 13-21) : « Pour vous, qui suis-je ? ». C’est pour qu’il nous évalue et nous aide à aller de l’avant. Nous ne devons pas avoir peur de cela.
Certes, nous ne disons pas que ce qu’ils pensent ou disent de nous est toujours vrai. Mais en tirant profit des propos pertinents, nous pouvons reconnaître qu’ils veulent que nous concrétisions ce que Jésus a dit à ces disciples : « Vous êtes dans le monde mais vous n’êtes pas du monde » (cf. Jn 15,19). Et que pour le Christ, « nous sommes des mis à part ». Ils ne veulent pas nous voir tomber dans la médiocrité, ni faire comme eux en ce qui concerne les antivaleurs: la tricherie, à l’examen par exemple, le détournement d’argent de la congrégation, de l’œuvre ou des particuliers, etc.
Cependant, c’est encore quelques uns d’entre eux qui nous proposent des anti valeurs, tels que ces parents qui voulait faire taire la sœur directrice de l’internat sur un problème d’avortement de sa fille en lui proposant un cadeau précieux.
III. L’identité de la SSP dans le vécu du charisme et spiritualité de son institut
III.1. Le charisme :
De manière générale, le charisme est un don gratuit reçu de Dieu par les fondateurs des congrégations pour répondre aux besoins du temps (senti et/ou vécu). Ex. La misère.
III.1.1. Notre charisme : Aspect de visibilité et de concrétisation de notre identité de Servante des Pauvres
Le charisme des sœurs de servantes des Pauvres consiste à »honorer notre seigneur Jésus-Christ comme la source et le modèle de toute charité, Le servant spirituellement et corporellement en la personne des pauvres, et tout particulièrement les enfants ». (Const. Art.2)
Que d’expériences heureuses ! Que d’exigences !
« Les Pauvres sont nos Maîtres, dit saint Vincent de Paul ».
III.1.2. Evolution de notre charisme
Hier, les garants du charisme étaient St Vincent de Paul (1581-1660) et Elisabeth de Robiano (1773-1864); aujourd’hui c’est nous. De Saint Vincent à Elisabeth, notre charisme a connu des adaptations par rapport aux nouveaux besoins du temps et du milieu. De nos jours, nous vivons également d’autres réalités sociales par rapport à leur époque. Dans nos sociétés respectives, ont surgi par exemple de différentes formes de pauvreté. Celles-ci nous contraignent, à notre tour, d’adapter le charisme à ces nouveaux signes de temps (Cf. L. Pirson, p. 153-154).
(A l’instar de nos deux héros, au Brésil et au Congo nous sommes invitées à adapter ce charisme aux nouvelles formes de pauvreté (nouveaux besoins du temps). Par exemple, dans la ligne du charisme, nous continuons, dans la mesure du possible, d’ouvrir des écoles primaires mixtes (pour filles et garçons) selon les besoins de la population où nous sommes implantées; telles qu’à Matadi et à Kinshasa, Cameroun en ce qui concerne les sœurs congolaises. De nouvelles options se sont ajoutées partout dans les écoles secondaires.
Au Brésil : des écoles pour enfants des riches et pour les enfants pauvres : les uns aidant les autres financièrement pour leur renforcement scolaire.
Au Congo, nous avons élargi notre champ d’apostolat au niveau supérieur, selon les besoins qui se sont présentés au fil du temps.
Dans nos écoles, les sœurs des communautés prennent en charge le payement des frais et l’encadrement de quelques enfants des familles en difficultés financières, ou des enfants abandonnés et marginalisés, traités des sorciers; les enfants de la rue, etc.
Nous prenons soins des orphelins que nous plaçons dans des familles afin qu’ils bénéficient de l’ambiance familiale et pour leur équilibre affectif et, la rééducation et réinsertion des handicapés physiques, les soins des malades dans les hôpitaux et centres de santé, l’accompagnement des personnes ayant des problèmes personnels, familiaux, conjugaux; nous apportons consolation aux affligés (par des visites à domicile), nous compatissons lors du deuil dans notre milieu d’apostolat, etc. Notre consécration ne nous laisse pas ainsi indifférentes aux problèmes de nos frères et sœurs.
Un jour par semaine est programmé, dans nos communautés respectives, la pastorale de proximité, dans les villages ou les cités.
Les MAC et les chorales sont également nos champs d’apostolat et nous aide à faire rayonner notre identité. Nous y sommes parfois comme une simple présence et pour soutenir les membres qui ont tendance à abandonner leur groupe …).
Notre charisme est vécu aussi en collaboration avec les amis d’E. de ROBIANO. Ce sont des groupes composés des couples, initiés dans quelques milieux où nous vivons, travaillant aussi bien pour l’assistance matérielle que pour la promotion des Pauvres, e.a. l’encadrement des jeunes désœuvrés. Avec ce qui précède, nous n’avions eu aucune prétention de nous jeter des fleurs, mais d’avoir un peu d’égard positif sur ce qui peut contribuer au reflet de l identité de la SSP).

II.2. Notre spiritualité : la force de notre identité
La spiritualité de notre congrégation est aussi vincentienne. Notre identité y trouve également sa force et sa valeur. Cette spiritualité s’inscrit dans les trois vertus fondamentales de saint Vincent de Paul: la simplicité, l’humilité et la charité.
Les trois vertus constituent une ligne de conduite à observer dans la concrétisation de notre charisme et notre apostolat.
Ce sont les attitudes que la sœur servante des pauvres doit avoir et refléter vis-à-vis des gens et de ses consœurs (les premières pauvres qu’elles rencontrent) ainsi que dans son apostolat : lorsqu’elle sert les Pauvres, travaille et rend service: « Tout faire avec simplicité, humilité et charité ». Et le monde doit la reconnaître (la S.S.P) dans ces vertus, comme Père Lemaître, conseiller et directeur spirituel de Mme E.de Robiano, notre fondatrice, avait témoigné de les avoir retrouvées chez-elle. (Elle savait se mettre au service des Pauvres malades dont les vieillards qu’elle soignait à domicile et de ses domestiques lors des jouissances familiales. Il nous a été dit que madame voulait soigner ces vieillards dans un hospice, mais son projet échoua car les vieillards ont refusé pour bénéficier singulièrement ses services).
Elle a voulu, à son tour, que ces trois vertus soient aussi visibles en chaque sœur de l’Institut (Const. Art.2.1) partout et dans l’apostolat, car elles font mériter le ciel et font rayonner son identité. Nous le remarquons dans sa lettre adressée aux premières sœurs à la veille de la Toussaint 1819 (Const. p.15-17). Elle écrit ceci: « Examinez-vous toutes pendant cette belle octave. Considérez que nombreuses sont celles qui, par l’accomplissement des devoirs de votre état, sont maintenant dans le ciel, et demandez-vous ce qu’elles faisaient, comment elles faisaient, etc. La réponse est facile: tout avec simplicité, humilité et charité.
Puis, elle nous renvoie à nous-mêmes par des multiples questions posées:
– « Demandez-vous alors et recherchez de quelle manière vous faites vos actions. (Méchanceté, négligence, l’indifférence, laisser traîner les Pauvres dans notre cour sans vite les servir, nous empresser de servir nos amis (es), des personnes de haute valeur, qui nous font des dons, etc.?). Notre hymne (de la province du Congo) : « Ils sont aussi nos frères et nos sœurs ces malheureux », est une expression générale et spécifique de notre charisme et de notre spiritualité. Bref, de notre identité de « servantes des Pauvres ».
– Désirez-vous toutes, les emplois les plus bas ?
Attention! Tout est service! Cependant, même si nous devenions toutes des universitaires, des docteurs en ceci ou cela, et c’est important, ce qui compte, c’est la disposition du cœur et à se revêtir de ces trois vertus fondamentales pour que ces titres ne pèsent pas sur les consœurs, sur la vie communautaire et apostolique ainsi que sur les collaborateurs de toute catégorie: consœurs et laïcs ou sur ces Pauvres que nous servons. Mais hélas, ces emplois issus des études doivent correspondre aux besoins de l’Institut et/ou de la province.
– Ne cherchez-vous en rien le regard du prochain? – Vous est-il absolument indifférent que telle œuvre soit accomplie par une autre? ou voulez-vous tout faire vous-même et pensez-vous que rien n’est bien fait sinon que par vous ?
C.à.d. Primo, cherchons-nous à être vues, félicitées après un service rendu ou une activité accomplie; être reconnues après une aide ? etc.
Par exemple: Voyez telle œuvre, c’est moi qui l’ai réalisée, etc.
Certes, c’est une tentation chez nous toutes. Attendons que les autres pensent le faire. Mais que les autres aussi sachent accepter les réalisations et talents de la consœur (1 Cor 12, 1-11), reconnaître ses bienfaits et l’encourager à faire davantage.
Secundo, sachons que nous savons être des orgueilleuses sœurs, imbues de nous-mêmes. (cf. Le prédicateur de la retraite de cette année (2018) : Père Jean Baptiste, claretain). N’y aurait-il pas des sœurs, comme aux dires de la Fondatrice, qui se disent les plus intelligentes parmi leurs consœurs, les plus douées, sachant tout faire, que rien n’est peut être bien fait par les autres, dénigrant les réalisations des autres; pouvant même détourner le regard de celles qui admirent ce que l’autre consœur a réalisé… ? L’orgueil engendre la haine, la non acceptation de l’autre et de la différence interindividuelle. Et pourtant nous sommes toutes semblables à des différentes fleurs dans un vase qui orne une maison et dont les autres admirent la beauté produite par l’apport de chacune.
Bref, la fondatrice, à l’instar de saint Vincent de Paul, invite la sœur servante des Pauvres, en signe de ces trois vertus fondamentales, à ne pas chercher la récompense après un service rendu, qu’elle travaille pour Dieu et non pour être vue.  » Je suis un pauvre balai entre la main du Seigneur », dit la fondatrice. « Serviteur inutile, tu n’as fait que ton devoir » (cf. Lc 17,10)
Et la fondatrice ajoute ceci par rapport aux sœurs : « On reconnaît l’arbre à ses fruits. Aussi, serai-je fort préoccupée de vous, chères enfants, aussi longtemps que je ne verrai pas briller en vous les vrais fruits de l’humilité, de la simplicité et de la charité. Charité, charité entre sœurs ! Ah ! Voilà ce que je voudrais voir briller en vous toutes et, avec la grâce de Dieu, j’espère poser cette vertu comme pierre de fondation. »

Conclusion
L’identité de la vie religieuse, en général, et de la Sœur Servante des Pauvres, en particulier, est semblable à une pièce d’identité qui montre et indique qui nous sommes.
Il faut qu’en toute simplicité et l’humilité, nous nous rendons compte que fêter le bicentenaire, c’est nous donner l’occasion de nous évaluer et de nous faire évaluer par d’autres qui nous voient vivre afin de sauvegarder notre identité.
Certes, nous nous sommes parfois retrouvées en face ou avec des gens qui ne partagent plus la même foi que nous, parce que déçus du mauvais comportement de certains prêtres, religieux ou religieuses ou parfois pour des causes non fondées, banales, à notre avis.
Toutefois, les gens veulent que les religieux (ses) soient des signes réels du Royaume des cieux mais que de fois nous les décevons quand nous faisons la même chose qu’eux en ce qui concerne les antivaleurs car celles-ci diminuent en nous la valeur du sacré.
En effet, un mot par essence sert à donner la nature. La religieuse est de l’école du Christ. « Son diplôme porte la mention « Sainteté ». Elle doit témoigner de la vie morale et spirituelle avant tout puis passer à des actes concrets. (Un frère de saint Joseph de Kisantu, prédicateur de la retraite annuelle, 2008, à Ngidi).
Soyons conscientes de notre identité et aider les autres à nous reconnaître car il y a des gens qui vont nous pousser à ignorer cette identité. Il nous propose autre chose que l’idéal de notre vie religieuse. Or, notre vie est bien structurée, aidant à ne pas perdre notre identité : 1) les Vœux, 2) la Vie communautaire, 3) la Prière, 4) l’Apostolat (lieu de concrétisation de notre charisme et de visibilité de notre identité religieuse, par rapport à nos projets de vie ), etc.
Nous avons évoqué plus haut le phénomène « crise ». Nous situons cette crise dans le monde et dans l’Eglise :
– Dans le monde : Nous pouvons partir d’un constat que notre monde connaît une évolution et vit un changement dû à plusieurs phénomènes: la mondialisation, la globalisation; c’est le monde de l’informatique, de la technologie (Ex : Les nouvelles technologies de l’information et de communication).
En effet, la crise dénote un disfonctionnement. Tout changement n’est pas mauvais, et toute évolution non plus, surtout technologique. Cependant, tout excès nuit, au risque d’engendrer une crise, surtout une crise d’identité chez la religieuse.
Par exemple : Nous sommes trop attirées et tentées par le monde : il offre trop de loisirs, présente beaucoup de biens matériels qui attirent et qui font du bien lorsqu’on en possède : l’habillement: beaucoup de wax sur le marché; le téléphone, tablette, etc. Tous ces matériels ne sont pas mauvais, mais nous devons en faire bon usage, les utiliser à bon escient) ; ils ne doivent pas nous distraire par rapport à nos exercices spirituels. Le tél est devenu un bébé, disait un Père lors d’une retraite parce que son utilisation est abusée: Même lors des réunions, conférences ou rencontres de grande importance, on ne sait pas s’en passer, certaines, même à la chapelle ne savent se contenir quand le téléphone sonne en chambre.
– Dans l’Eglise : C’est lorsque la religieuse perd le sens de son appartenance dans son Institut, manque de respect des lois (règles de vie, constitutions), néglige son charisme et sa spiritualité.
(Notre identité se reflète extérieurement et intérieurement. De l’extérieur, elle se manifeste par notre mode d’habillement: un pagne, une blouse, un mouchoir de tête et une croix distinctive. Certes, l’habit ne fait pas le moine, dit-on, mais on reconnaît le moine par son habit. En prendre conscience et s’adapter au milieu où l’on vit (cf. Nos consœurs en mission ad gentes: uniformiser l’habit, si possible).
Il y a de choses qui ne nous sont plus favorables, nous devons nous contrôler afin de donner aux autres la soif et la faim de Dieu. Avant il y avait un mystère sur la vie religieuse, aujourd’hui tout semble être oublié et n’être plus parfois considéré par des gens. D’où nous devons revoir notre comportement et attitudes qui définissent notre identité.
De l’intérieur, Notre vie religieuse est vécue en communauté, il faut que nous redynamisions davantage la vie communautaire.
Pour les exercices spirituels, la prière du matin (Laudes) et du soir (vêpres), récollection avec le moment de réconciliation; chacune doit manifester le désir et le souci d’y participer, sauf en cas d’un motif valable.
Le repas doit-être pris ensemble dans un esprit d’agapè (car les bêtes mangent aussi, nous disait mama Agnès, au Noviciat). Les hommes échangent pendant le repas; le repas fait partie de la vie fraternelle en communauté
La recréation est un moment privilégié de détente: il y a des communautés qui ont perdu la valeur de la recréation, le danger est que certains membres peuvent se choisir et vont causer en chambre ou quelque part, jusqu’à créer de division.
N.B. : Nous ne pouvons pas généraliser mais il y a beaucoup de réalités qui sont vécues et visibles dans certaines de nos communautés. Il est demandé à chacune de se sentir membre à part entière de la communauté et aux autres de laisser un espace de vie à chaque membre de la communauté. Ne soyons pas étouffantes pour les autres et ni étouffées par les autres.
Les réunions communautaires : moments d’évaluation et de révision de la santé communautaire, de nos projets de vie personnels et communautaires liés au vécu du charisme, visible par notre apostolat.
La lecture communautaire, répétition des chants ou préparation des messes, etc. sont également des moments pour intensifier cette santé).
Nous sommes invitées à y veiller, sinon à y remédier. Tout cela exige la conversion, dans la métanoïa. Nous devons reconnaître nos pauvretés, surtout spirituelles pour voir après celles des autres; dénoncer le mal pour en prendre conscience et faire mieux; chercher à se valoriser dans tout ce qu’on fait; reconnaître les sœurs qui font du travail merveilleux.
Et puis tout ce que nous semblons cacher est connu des chrétiens, peuple de Dieu. Puisqu’ils reconnaissent nos pauvretés, profitons qu’ils nous le disent mais gentiment.
Que nous ayons en nous le désir de changer, de veiller à notre identité et à la sauvegarder pour que la mission continue.

Mgr Mavungu JB, La fidélité au Christ et aux engagements religieux des SSP, Lukula 27 septembre 2018
La fidélité au Christ et aux engagements religieux des sœurs servantes des pauvres
Rde Mère Provinciale,
Chères sœurs servantes des pauvres en fête,
Distingués invités,

C’est pour moi une joie et un honneur de pouvoir intervenir à ces assisses à l’occasion des 200 ans de nos sœurs de Saint Vincent de Paul Servantes des pauvres de Gijzegem. Je remercie la mère Provinciale et ses collaboratrices d’avoir bien voulu m’associer à la réflexion nécessaire en pareille circonstance. Fêter un jubilé, pour une congrégation, est en effet un moment tout indiqué pour la relecture et l’interprétation de l’inspiration originelle de l’institut en vue de garder fidèlement la pensée de la fondatrice et son projet ainsi que de retrouver avec courage l’esprit entreprenant, l’inventivité et la sainteté de Mme de Robiano, en réponse aux signes des temps qui apparaissent dans le monde actuel . De la fondation, en Belgique, principalement à Gijzegem en 1818, à aujourd’hui en 2018 en Afrique (d’abord au Congo, puis au Cameroun et récemment en Afrique du sud), beaucoup de choses ont changé dans la congrégation, cherchant sans cesse à s’adapter aux « conditions physiques et psychiques des religieux […], aux besoins de l’apostolat, aux exigences de la culture, aux conditions sociales et économiques » .

Au milieu de tous les changements possibles durant le parcours historique de l’institut, il y a des éléments fondamentaux qui restent inaliénables parce qu’ils constituent son identité même sans laquelle on se retrouve devant autre chose qu’un institut de vie consacrée de l’Église catholique . Dans le dossier que toute postulante doit déposer lors de sa demande d’entrée en congrégation, il est exigé que y figure aussi sa carte de baptême, attestant ainsi qu’elle est une jeune dame « disciple de Jésus-Christ » qui a reçu les 3 sacrements d’initiation, qui croit au Dieu Trine, Père, Fils et Esprit, à l’Église et en la vie éternelle . Les lettres de témoignage ou de recommandation attendues des curés, accompagnateurs spirituels, chefs catéchistes et encadreurs doivent confirmer que cette foi de la candidate est une foi professée et vécue au quotidien . Être chrétien est la vocation fondamentale de toute personne consacrée. Une païenne sœur de Saint Vincent de Paul, servante des pauvres, est un non sens, une contradiction intrinsèque. La crise de foi d’une religieuse porte toujours à une crise d’identité, avec sa cohorte de conséquences désastreuses .
Tout candidat à la vie religieuse qui finit sa formation devient membre effectif de l’institut avec l’émission des vœux, d’abord temporaires, puis perpétuels. Les engagements religieux constituent le deuxième palier, intimement lié au premier, sans lequel il n’y a pas lieu de parler d’une sœur servante des pauvres. Ils se réfèrent aux enseignements et à la vie de Jésus-Christ, pauvre, obéissant et chaste, en communion d’amour avec son Père et le Saint Esprit .

Les grands défis de notre temps ont amené la vie consacrée en général, et la congrégation des sœurs de Saint Vincent de Paul en particulier, à de nouvelles formes de présence et de service dans les multiples périphéries existentielles . Tout en admirant toute la charité inventive que doit continuer à manifester notre institut, les organisateurs de ces journées culturelles ont jugé juste et bon de nous rappeler que les nouveaux chemins d’apostolat et les œuvres en faveur des pauvres de nos sœurs en fête du bicentenaire de leur congrégation donneront davantage de fruits dans la mesure où elles resteront fidèles à Jésus-Christ et à leurs engagements religieux, nonobstant les fragilités et les fatigues réelles et reconnues. Mais Comment vivre aujourd’hui cette fidélité à Jésus-Christ et aux engagements religieux ? En face de quels défis et pour quelles orientations concrètes dans les nouvelles situations de la mondialisation et de la crise multiforme de nos sociétés ? Telles sont quelques questions auxquelles je tenterai de répondre en quatre points, à savoir l’amour du Christ, le vœu de pauvreté en contexte de misère, l’obéissance au crible de l’affirmation de soi et la chasteté face à la mentalité hédoniste et permissive. Faute de temps, je n’aborderai pas explicitement la question de la vie communautaire que je n’évoquerai que ça et là . Mais en premier lieu, précisons d’abord ce que nous avons à entendre par « fidélité ».

1. La fidélité. Qu’est-ce à dire ?

Dans la Bible, « la fidélité est une vertu qui fait référence à la fermeté, à la foi. Elle est à la fois un attribut de Dieu et aussi ce qu’il attend de ses enfants ». Étymologiquement, « le nom de cette vertu en hébreu exprime la fermeté, la stabilité, la vérité (racine aman) : en grec comme en latin et en français, elle est rattachée à la foi (grec pistos et pistis ; latin fidelis et fides). Elle consiste à garder la foi donnée à une personne ou à une cause ». Dans l’Ancien comme dans le Nouveau Testament, les fidèles sont les croyants (cf. Ha 2,4 ; Rm 1,17), en ce sens que leur fidélité est l’expression de leur foi en Lui, par le fait qu’ils se conduisent loyalement, accomplissent leurs devoirs, refusent de le renier, n’adorent et ne prient que Lui. Est déclaré infidèle celui qui trahit, qui fait preuve de déloyauté dans le service et le culte, qui abandonne son alliance ; l’infidèle est l’incrédule, celui qui n’inspire pas confiance ou ne fait pas partie de l’assemblée .

Dans le langage courant, les dictionnaires retiennent plusieurs nuances que renferme le mot fidélité, les unes se recoupent et les autres se complètent. La fidélité est « l’attachement à une foi religieuse » ; c’est « la qualité d’une personne au service d’une autre, qui s’acquitte de ses fonctions avec dévouement et zèle » ; dans les relations conjugales, la fidélité est « le respect de l’engagement pris envers la personne aimée, de lui rester exclusivement attaché », « la manifestation de cet attachement exclusif », « la constance dans la vie sentimentale et affective », c’est-à-dire « la qualité d’un sentiment que le temps n’altère pas » ; la fidélité, c’est aussi « la qualité d’une personne qui est constante dans ses choix, ses goûts, ses intérêts » .

Parler de fidélité au Christ, c’est rester constant dans la foi et l’affection à son égard, dans la relation avec Lui ; lui demeurer dévoué et loyal. Être fidèle à des engagements pris, en l’occurrence dans la vie religieuse, c’est ne pas manquer à ces engagements, y croire, ne pas les trahir. Que ce soit pour le Christ ou pour les engagements, dans un rapport de fidélité, les notions de foi, d’amour, de vérité et de stabilité demeurent essentielles. Qu’en est-il pour la sœur servante des pauvres de Gijzegem des tentations de trahison qui guettent à la porte de son cœur donné au Christ ?

2. L’amour du Christ, Maître et Époux

Je le dis régulièrement quand je prêche les retraites ou récollections aux religieux/ses : parmi les images restées en moi gravées des cérémonies des vœux, depuis ma tendre jeunesse, c’est la procession des profès au rythme de la chanson fétiche « bana ya kitoko yonso ba mekipesa na Mfumu », mettant en exergue la joie des consacrés à « se donner » en alliance d’amour avec Jésus le Maître qui appelle et qui devient en même temps l’époux avec qui s’unir pour toujours. Ce lien d’amour avec le Christ est symboliquement exprimé par le port de la croix au cou et de l’anneau au doigt . Ces symboles n’ont de la valeur pour une religieuse que s’ils ne restent pas purement extérieurs, mais expriment une vérité d’amour vécu du fond du cœur et en actes concrets . « Il n’y a pas d’amour plus grand que de donner sa vie pour celui qu’on aime » (Jn 15,13).

J’étais heureux de lire dans la plaquette publiée par le Prof Mantuba que votre croix sur laquelle sont gravées les lettres SV « invite chaque sœur servante des pauvres à suivre le Christ, à annoncer le Christ, à accepter sa propre croix, à aider à porter la croix des autres, surtout celles des pauvres et à vivre ensemble avec les autres dans la joie et l’espérance de la résurrection » . Ce texte me renvoie à ce que Jésus à dit à Pierre en Mc 8,27-35 pour l’amener à comprendre que la gloire du bon serviteur est à chercher avant tout dans le renoncement à soi, la mise en jeu de sa vie à cause de lui et de son Évangile. À cet apôtre Pierre qui dira trois fois en Jn 21 son amour pour son Maître, celui-ci a indiqué qu’il n’y a pas d’amour vrai sans sacrifice, sans renoncement, sans croix, sans perte, sans « boire à sa coupe » .

Nous vivons dans une société où chacun veut se faire valoir, veut gagner et veut jouir au maximum. Tout est mis en branle pour réduire, sinon chercher à écarter la souffrance ; on a horreur d’entendre encore le discours de la croix . La religieuse de saint Vincent de Paul trahit sa fidélité au Christ chaque fois qu’elle recherchera sa valeur non plus dans la vie donnée pour Jésus et ses frères et sœurs, mais dans les nouvelles idoles parmi lesquelles les biens de luxe, les diplômes, les titres, les postes juteux, les réalisations dans la famille biologique . Tenez, même les œuvres de la congrégation peuvent devenir des idoles, lieu de valorisation de soi et de trahison du Bien-aimé Jésus, lorsqu’elles sont personnalisées, jalousement fermées aux autres et gérées sans référence aux règles de la morale chrétienne. À propos des études, « dans un proche avenir, nous ne devrions pas avoir des jeunes consacrés seulement dotés de titres académiques mais aussi formés, en s’identifiant avec ses valeurs, à la vie de la sequela christi » .

Quand deux personnes s’aiment, ils se parlent souvent. La fidélité au Christ exige de la religieuse servante des pauvres d’être régulièrement à l’écoute de sa Parole et en prière . « L’ignorance des Saintes Écritures, c’est l’ignorance du Christ » a dit saint Jérôme. Et la connaissance nourrit l’amour. La chaleur de l’affection pour Jésus s’étiole chez une religieuse qui ne trouve pas le temps ou qui perd le goût de la méditation, de la contemplation, de l’adoration, de la louange ou de la supplication. Finira par s’émousser sa conscience ; elle s’affaiblira dans le zèle pastoral pour le Christ et la lutte contre le Malin . Malheureusement, le trop plein de choses à faire ou d’activités à réaliser, la course vers la réussite et le gain, la complexité des exigences de la gestion des œuvres, les multiples sollicitations conduisent facilement les religieuses à ne plus disposer d’assez d’espace de silence, de concentration pour prier, rencontrer Celui qui les aime et qu’elles aiment. L’activisme dans la vie religieuse est contreproductif . Il affadit la vie de communion de la religieuse avec Jésus et met ainsi en péril sa fidélité.

Il est nécessaire que pour les maisons de formation et le juniorat, l’Institut ait des formatrices et des encadreuses qui soient elles-mêmes « des personnes confirmées sur le chemin de la recherche de Dieu » , de bons amoureux de Jésus (« bibuatana bi Yezu » ), ni intellectualistes , ni matérialistes, ni exhibitionnistes épris d’apparat, ni extravertis, mais de femmes pleines de charité, de détachement, de piété et de patience comme Mme de Robiano, la fondatrice . La baronne, forte de sa vie intérieure, n’a pas hésité de faire bénéficier ses richesses aux malades et vieillards d’abord, puis aux enfants pauvres dont la Spinhuis restera le symbole originel.

3. Des religieuses pauvres au milieu des miséreux

Parmi les engagements que prennent les religieux, il y a le vœu de vivre la pauvreté évangélique. En contexte africain, terre des misères, les religieuses ont beaucoup de mal à être comprises et l’histoire des instituts a connu des défections dues au manque de fidélité au vœu de pauvreté ; soit que les religieuses sont tombés dans les pièges de Mamon jusqu’à se compromettre gravement, soit qu’elles ont claqué la porte parce que déçues de l’incapacité de la congrégation de satisfaire à leurs besoins matériels et financiers. Les commentaires et les blagues arrivent parfois à dire qu’il est irréaliste de parler de vœu de pauvreté à des gens qui viennent déjà des familles pauvres ou dont les communautés mènent une vie de loin moins opulente que celle des communautés de la même congrégation en Europe ou en Amérique du nord.

Plusieurs questions se posent sur la façon de vivre la pauvreté en pays sous développé : Quel soutien donner à la famille qui a investi dans les études de sa fille ? Quelle enveloppe d’argent de poche destiner aux religieuses ? Jusqu’où doit aller l’apport de la congrégation pour la prise en charge des parents sans sécurité sociale, pour la scolarisation et les soins de santé des frères et sœurs, de neveux et nièces aux parents pauvres ou irresponsables ? Où la religieuse doit-elle trouver l’argent pour répondre aux sollicitations là où la congrégation ne sait rien faire ? Pire, apparemment, on a beau crier à la pauvreté des consacrés lors des professions religieuses, les gens ont de la peine à y croire, considérant toujours les religieuses parmi les personnes qui vivent bien, qui ont des moyens. Pourra-t-on réussir à combattre cette conception ? Si oui, par quels moyens ? Comment organiser notre vie en privé et en communauté, pour que nous ne scandalisions pas les pauvres que nous sommes sensés servir ? On sait pourtant qu’au cours de l’histoire, les congrégations ont joué un grand rôle prophétique pour défendre la dignité des pauvres.

Je voudrais m’arrêter sur une autre question : comment gérer et vivre le partage des biens de la communauté de peur que ne soient altérées les relations fraternelles (« sororales ») entre les soeurs? Se recentrer sur la transparence en matière économique et financière est le premier pas à poser pour se réapproprier le sens évangélique authentique de la communion réelle des biens à l’intérieur des communautés et de leur partage concret avec les consœurs. L’exigence de transparence vient au secours des faibles tentés de trahir leur engagement à la pauvreté en falsifiant les comptes et les rapports. En plus, dans les communautés, que la distribution des biens soit toujours faite dans le respect de la justice et de la coresponsabilité. On ne peut accepter un style de gestion où à l’autonomie économique de quelques-uns correspond la dépendance d’autres. Enfin, une bonne éthique de la solidarité et du partage évitera la gestion exclusive des ressources entre les mains d’un petit nombre, en circuit fermé.

Tout en luttant pour que les membres de l’institut ne manquent pas du nécessaire et que les communautés se développent et se modernisent, fêter 200 ans, la fidélité à l’esprit des origines oblige les sœurs à continuer à réserver une bonne part de leurs avoirs à la sollicitude et au souci des pauvres, vertus à vivre comme un engagement commun à toutes les religieuses . L’institut en recouvrira une vitalité nouvelle, restant sauve la diversité des rôles et des services des religieuses.

4. Qui commande qui ? L’obéissance mise à l’épreuve par l’affirmation de soi

Que de belles phrases sur les lèvres de nos sœurs lorsqu’elles chantent. Une d’elles renvoie aux paroles de Marie à l’ange : « munu yayi kisielo ya mfumu Nzambi, sala na munu mutindu nge me zona » (cf. Lc 1,35). Je sais pourtant que pour certaines, le chemin est dur, très dur même pour accepter de faire tout ce que le Seigneur veut et demande. Il n’est pas facile de vivre en « serviteur inutile », à servir simplement (cf. Lc 17,1-7). Il n’en manque pas qui se demande même si cela est possible pour une personne normale, une jeune dame de notre époque, une intellectuelle. Cette disposition intérieure attendue de tout consacré rejoint celle du Christ qui s’est fait obéissant à son père pour le salut du monde : « Tu n’as voulu ni sacrifice, ni holocauste, mais tu m’as formé un corps, alors j’ai dit me voici pour faire ta volonté » (Hé 10,8). Pour le religieux, faire la volonté du Seigneur coïncide-t-il avec faire la volonté des supérieurs ?

Dans le monde où nous vivons, la terminologie même de « supérieurs » et « sujets n’est plus ajustée. Elle est contestée par certains. Dans nos couvents, il n’est pas rare d’entendre dire : « supérieur ti bue » ? « Supérieur buna mbi ? » ; « bue minu ngumvu nketo woso wa ba kuiza thumina kudi nketu yama ? Ndisi muana lezi ko. Ndisi diboyi ko » ; « Bapfumu bamasela, minu’epi ndidi masela, a mbi bidi luviakunu ? Ma ba tedi kuanwu » ; « on ne peut pas décider à ma place ; je ne suis pas esclave de quelqu’un » ; « on ne peut pas m’obliger de faire ceci ou cela ; j’ai le droit d’être consulté ; on doit tenir compte de mon point de vue, de ma volonté » ; « qui dit que ce que les supérieurs (les ba mama pfumu ») veulent, je le veux moi aussi ? ».

La pratique du vœu d’obéissance constitue un des défis majeurs de la vie consacrée dans le contexte de l’ecclésiologie de communion prônée par Vatican II. Que faire pour s’assurer que l’autorité, les « ba mama pfumu », ainsi que les sœurs qui doivent obéir mettent Dieu à la première place ? L’obéissance n’est-elle pas expression de la communion fraternelle (« sororale ») vécue entre les consacrées ? Faut-il obéir à une supérieure mal aimée ? Pour le Magistère, « la véritable obéissance n’exclut pas, elle le demande plutôt, que chacun manifeste sa conviction mûrie dans le discernement, même lorsque cette conviction ne coïncide pas avec tout ce qui est demandé par le supérieur » . Celui qui, en dépit des divergences des vues, obéit, au nom de la communion, met en pratique l’obéissance caritative.

On sait combien de personnes ont fini par quitter la vie religieuse à cause des tensions avec les supérieures dans l’exercice du vœu d’obéissance. « C’est souvent parce que manque la base évangélique de la fraternité, parce qu’on donne plus d’importance à l’institution qu’aux personnes qui la composent. Une vie de fraternité faible en humanité conduit à des conflits qui dégénèrent en désobéissances et en abandons » . Tenez, le récit de l’annonciation montre Marie en dialogue avec l’Ange Gabriel et aboutit au fiat (Lc 1,28-36). Sans remettre en question toute la demande lui adressée par l’Ange Gabriel de la part du très Haut, elle a au moins cherché à comprendre comment cela allait se faire. L’ange a dû l’assurer en invoquant la puissance de Dieu manifestée chez sa cousine Élisabeth. Marie a accepté la mission même si elle n’avait pas pour cela la maitrise de tous les contours d’avenir dans la vocation à laquelle elle s’engageait. Son oui a été soutenu par la grandeur de sa foi en son Dieu ; cette foi qui rend humble et disponible.

L’obéissance des sœurs aux différentes missions dépendra du degré de leur foi, de leur humilité et de leur disponibilité intérieure. « Phasi muingi masela widi luwiluku lu tini ka lemvukila. Phasi masela widi lunangu ayi luniemu ka lemvukila. Phasi muingi masela ma wedi zi calculs mu mamoso ka mvanga, wedi zi projets ziandi veka ka lemvukila ». Les religieuses qui se savent « servantes inutiles », qui croient que notre Maitre et Seigneur est puissant, Dieu de l’impossible, peuvent obéir et se rendre disponibles pour la mission au service des pauvres à cœur joie, comme Marie et tant d’autres saintes femmes après elles .

Afin que l’obéissance soit moins rude à accepter, aux supérieures des communautés de se rappeler les règles d’or les concernant données il y a 200 ans : qu’elles traitent leurs consœurs avec grande charité, avec douceur et avec tendresse, de sorte qu’elles montrent à chacune un cœur de mère . Sans infantiliser les autres, les bonnes supérieures recourent volontiers aux délégations opportunes et favorisent la coresponsabilité qui admet des espaces de juste autonomie, d’audace et de créativité. « L’autoritarisme nuit à la vitalité et à la fidélité des consacrés » . L’obéissance se vit mieux dans la communauté où la sororité (fraternité) est une réalité. Celle-ci aide aussi dans la fidélité au célibat consacré.

5. La chasteté de Dames pauvres face à la mentalité hédoniste et permissive

Le sacrifice de la maternité demeure une grande souffrance de la religieuse africaine dans la fidélité à son engagement à la chasteté . Cependant, à mon humble avis, avec le temps, nos religieuses se passent de plus en plus du souci de manquer d’enfants issus de leurs seins ; même les familles en réclament ou le regrettent de moins en moins. Ce que les membres de nos familles réclament le plus de nos jours, en contexte de pauvreté, c’est l’argent et les biens, l’appui financier et matériel. En outre, la globalisation du consumisme et le goût du luxe nous guette, même en terre africaine. De la sorte, la fidélité au vœu de chasteté est régulièrement sécouée quand on sait que le marché en ce domaine est bien vaste, pour quiconque veut se faire des sous, pour soi et pour les siens. D’ailleurs, les dames consacrées semblent recherchées et il ne manque pas de personnes prêtes à payer le coût, aussi élevé soit-il. Savoir dire non à une main bien garnie de billets de banque, alors qu’on en a besoin, voilà une belle épreuve, pas de moindre.

L’environnement qui est devenu le nôtre rend encore plus difficile la vie de chasteté, tellement la civilisation de l’hédonisme et de la permissivité a gagné du terrain. La perte du sens du péché prend de l’envol ; les repères de valeurs morales s’effritent. Les médias et l’internet ont banalisé le sexe et le corps humain. Le choix du célibat et de la chasteté fait par les consacrés est ridiculisé à longueur des journées. Que des discours, écrits et panneaux qui éveillent nos sens et nous sollicitent à des choix contraires à nos engagements. La résistance devient alors rude, très rude . On peut en venir à s’interroger soi-même, si on n’opte pas purement et simplement pour une double vie.

En se consacrant à Dieu, nos sœurs offrent leur maternité ; elles osent promettre de vivre en « épouses » de Jésus-Christ et elles se pavanent avec les bagues au doigt ! Jour et nuit, elles veillent à ce que personne ne ravisse la place qu’occupe Jésus dans leur cœur, qu’aucun amour ne surpasse celui qu’elles ont pour le Christ, que la flamme de cet amour ne s’éteigne pas (cf. Ct 8,6-8). Quel courage ! Quel affront au diable qui sait combien notre chair est faible et combien les tentations, souvent sournoises, sont nombreuses ! La conscience de la faiblesse humaine conduit la personne consacrée à solliciter la force du Ciel, à se confier sans cesse à la miséricorde divine, à vivre avec vigilance, prudence et humilité. Il est périlleux de se croire vacciné ou déjà arrivé au bout car le combat est de taille et de longue durée, à vie.

Actualité oblige, permettez-moi que j’évoque, avant de terminer, un sujet qui fâche et qui fait grand bruit : les abus sexuels dans l’Église. Je l’aborde ici parce que je sais que depuis les origines de la congrégation en fête, la pastorale des enfants a été leur apostolat privilégié. Il est utile que les religieuses de Saint Vincent de Paul sachent que c’est une erreur de penser que c’est seulement une affaire des églises d’Europe et d’Amérique. « Quoique la question demeure encore presque tabou dans nos églises locales et dans nos familles, la réalité se vit aussi chez nous en RDCongo. Nous devons apprendre à apprendre des autres pour anticiper les choses. Si hier les abus sexuels dans l’Église étaient de ces affaires qui s’arrêtaient à la sacristie, aujourd’hui ce sont des sujets qui s’invitent sur de chaînes de médias et de réseaux sociaux, si pas devant les cours et tribunaux. Mais plus qu’une question de l’image de l’Église qui se trouve corrompue, comme beaucoup s’en plaignent, il s’agit d’abord de défendre la cause de l’homme, et plus que de l’homme, celle de l’enfant que Jésus place au cœur de l’Évangile comme l’être fragile, faible, vulnérable, pauvre à ne pas scandaliser (cf. Mt 18,6), c’est-à-dire à respecter, à aimer, à protéger » .

Le nombre de fillettes déjà mères dans nos villes et villages, même dans nos écoles, va croissant. Plusieurs jeunes sont victimes d’abus, parfois au sein des familles, et beaucoup de filles immatures sont données en mariage. Il est juste et bon que les sœurs servantes des pauvres, qui ont un amour de prédilection pour la pastorale des enfants, prennent davantage conscience de l’ampleur du drame dans notre société, se forment et s’engagent à un meilleur encadrement de la jeunesse. Qu’elles renforcent les campagnes d’information et de sensibilisation tant auprès des enfants eux-mêmes qu’auprès des parents et fassent des plaidoyers auprès des services nationaux et ecclésiaux concernés ; dans les écoles, qu’elles accordent assez d’importance aux leçons d’éducation à la vie dont le cours est souvent négligé et sachent accompagner les victimes dont ils viennent à connaissance. En matière sexuelle et affective, que de dispositions soient prises pour qu’aucune sœur servante des pauvres ne tombe dans les filets des abus décriés car les parents et tuteurs leur confient leurs enfants parce qu’ils leur fait confiance. Qu’elles continuent de mériter cette confiance, par fidélité à Jésus, ami des enfants, et à leur charisme.

Que conclure ?

Comme au début de mon intervention, laissez-moi vous redire que Fêter un jubilé, pour votre congrégation, est un moment tout indiqué pour la relecture et l’interprétation de l’inspiration originelle de l’institut en vue de garder fidèlement la pensée de la fondatrice et son projet ainsi que de retrouver avec courage l’esprit entreprenant, l’inventivité et la sainteté de Mme de Robiano, en réponse aux signes des temps qui apparaissent dans le monde actuel. « Le plus important n’est pas la conservation des formes, mais la disponibilité à repenser, dans une continuité créative, la vie consacrée en tant que mémoire évangélique d’un état permanent de conversion d’où jaillissent des intuitions et des choix concrets » , conversion à Jésus-Christ en qui croire fermement, qu’il faut aimer de tout son cœur et prier sans cesse ; conversion à sa logique du dépouillement de soi, de l’abaissement, du renoncement et du sacrifice pour le salut des autres, pour la promotion des pauvres.

Avec une foi ferme au Fils de Dieu et aux engagements pris de vivre pauvres, obéissantes et chastes, nos sœurs servantes des pauvres pourront concrètement faire que la mission de madame de Robiano puisse effectivement continuer.

La première fidélité attendue d’une personne consacrée, c’est de continuer de croire à sa vocation.

Je vous remercie

Monseigneur Jean Basile Mavungu Khoto
Vicaire général du Diocèse de Boma
Professeur aux Grands Séminaires de Boma et de Mayidi
Tél : 00243.999318884
Mail : khotojean@gmail.com

Prière à la bénédiction de l’arbre du bicentenaire

Nous te bénissons, te glorifions et te louons, Seigneur !
Père Saint, Toi qui a inspiré Madame de Robiano la fondation de la congrégation des Sœurs de Saint Vincent de Paul, Servantes des pauvres de Giyzegem, Tu as accompagné les sœurs et les as soutenues depuis 1818 jusqu’à ce jour. Fais que le grain planté et le grand arbre qui en est sorti continue de donner beaucoup de fruits au bénéfice des pauvres de notre temps. Suscite sans cesse de belles et nombreuses vocations afin que la mission puisse continuer. Fermes dans leur foi, que nos sœurs servantes des pauvres Te restent fidèles, dans la simplicité, avec humilité et charité inventive. Qu’elles trouvent chez Toi aide et réconfort dans les épreuves, compassion et miséricorde dans leur fragilité, audace et persévérance sur le chemin du service des pauvres.
Que cet arbre du bicentenaire donne à toutes les religieuses qui la contempleront la joie de célébrer les merveilles de ton amour, Toi qui vis et règnes pour les siècles des siècles.

Le service des pauvres au troisième millénaire
Par le révérend père Grégoire Tshimanyika, religieux de saint Vincent de Paul

I. INTRODUCTION GENERALE

Nous rendons grâce à Dieu qui a permis la célébration des activités culturelles de clôture du bicentenaire de la fondation de la congrégation des sœurs de saint Vincent de Paul, servantes des pauvres, et la communication de notre conférence intitulée : «Le service des pauvres au troisième millénaire. »

Nous remercions la congrégation des Sœurs servantes des pauvres pour l’attention portée à notre modeste personne afin d’intervenir à ces activités culturelles du bicentenaire de la fondation de la congrégation.

La foi chrétienne est vécue. Elle n’est pas que théorique, à savoir simple discours sur Dieu, l’homme et le monde, elle est surtout de l’ordre de la praxis. De cette manière la foi chrétienne est action, agir en général et par conséquent service aux pauvres en particulier.

Sur ce, l’agir du chrétien en général et des sœurs servantes des pauvres en particulier est orienté de manière préférentielle vers les bénéficiaires spécifiques que sont les pauvres. D’où la nécessité de se situer, dans un élan d’inculturation au dynamisme de l’homme et de sa situation afin de se renouveler constamment dans la croissance vers l’harmonie du corps du Christ.

Le champ de service et comme celui de pauvres sont tellement étendus voire complexe. Nous nous contenterons du service lié à la pratique de la charité et de deux types de pauvreté à savoir matérielle et spirituelle.

Le service des pauvres au troisième millénaire est pensé en vue de l’avenir. Ledit service est le témoignage de l’amour dans le monde. Mais son fondement est la contemplation du visage crucifié et glorieux du Christ.
Cette conférence se veut une charte des repères d’intervention dans la perspective des réponses aux besoins nouveaux des pauvres au troisième millénaire.

Nous allons commencer par donner un sens précis aux mots selon l’orientation abordée dans cette réflexion en précisant le contour du service, la compréhension des pauvres, lesquels sont circonscris dans le temps du troisième millénaire. Les perspectives d’avenir clôtureront la réflexion de cette présentation.

II. Compréhension conceptuelle

Les mots dans le langage courant revêtent le sens dans le contexte de l’usage. C’est ce qui est notre cas au-delà de l’extension et de la compréhension générale.
Ces définitions conviennent du fait qu’elles font référence à un ensemble de connaissances conventionnelles. Il nous apparait évident que, dans le contexte de notre réflexion, le sens de la pratique de la charité soit sauvegardé. Nous retenons les considérations suivantes : le service est utilisé comme l’ensemble des devoirs et obligations envers la divinité ou le prochain, alors que « pauvres » se réfère aux personnes qui vivent de la charité publique, sans ressources et enfin millénaire renvoi à la période de mille ans. En fait, il est question de la prévision du vécu de la charité comme service aux pauvres dans l’intervalle de temps allant de l’an deux mille jusqu’à l’an trois mille après Jésus-Christ.

III. Le Christ modèle du service des pauvres

Jésus nous donne le sens du service et l’image du pauvre comme le bénéficiaire de l’acte de charité. A en croire, la mission de Jésus est consacrée par le message de libération et de salut des pauvres. Comme l’indique ce texte : «L’Esprit du Seigneur est sur moi, parce qu’il m’a consacré par l’onction, pour porter la bonne nouvelle aux pauvres. Il m’a envoyé annoncer aux captifs la délivrance et aux aveugles le retour à la vue, renvoyer en liberté les opprimés proclamer une année de grâce du Seigneur » (Lc. 4,18-19)
Il s’avère indispensable de repartir du Christ pour se mettre fidèlement au service des pauvres. En fait, c’est le Christ qui est le modèle de la charité envers les pauvres. D’où l’appel à retrouver ce premier amour qui inspire l’expérience de la suite du Christ. (1Jn 4, 10-19) Comme Paul précise la qualité de l’amour du Christ : « Ma vie présente dans la chair, je la vis dans la foi au Fils de Dieu qui m’a aimé et s’est livré pour moi. » (Ga 2, 20).

Repartir du Christ, c’est aussi Le contempler dans les visages défigurés et faire face aux multiples situations de souffrance de peuple de Dieu, corps du Christ dans les malades, les détenus, les pauvres et les pécheurs pour ne citer que ceux-là.

Qui est le pauvre, selon Jésus? C’est celui qui est à l’état de besoin. Celui qui espère de sa subsistance procédant de l’autre. (Luc 4 ,16-20).

L’Eglise, à la suite de Vincent de Paul, distingue deux types de pauvreté, à savoir : matérielle et spirituelle. Ainsi la pauvreté est dite matérielle en l’absence du nécessaire pour la subsistance, incapacité de combler les besoins primaires, manquer du naturel et du temporel, alors on parle de crise matérielle et c’est la misère. Tandis que la pauvreté spirituelle est caractérisée par l’absence de Dieu en soi, vivre en rupture d’alliance avec Dieu, l’incapacité de combler le besoin spirituel et de salut, ce qui se traduit par la crise spirituelle et la négation de Dieu.

Nous sommes invités à une relation d’amour de Dieu et des pauvres : les pauvres défigurés, affamés, les malheureux. C’est la relation de foi, Car humainement parlant, ce n’est pas facile. Il s’agit d’une expérience profonde de Dieu qui ne finit pas. Atteindre les pauvres avec leurs manifestations.

Le Christ, de par son incarnation, prit chair de notre chair pour nous diviniser. C’est dire que le service doit poursuivre les deux objectifs majeurs : rejoindre la personne humaine dans sa situation concrète à travers l’aide sociale et l’amener à la foi par l’évangélisation. Cette finalité théandrique n’est possible que par le vécu de l’amour qui constitue la mesure de tout service.

Seul l’amour détermine la qualité du service offert au prochain en général et aux pauvres en particulier. C’est ainsi que Saint Paul interpelle la communauté de Corinthe : « J’aurais beau parler toutes les langues de la terre et du ciel, si je n’ai pas la charité, s’il me manque l’amour, je ne suis qu’un cuivre qui résonne, une cymbale retentissante. J’aurais beau être prophète, avoir toute la science des mystères et toute la connaissance de Dieu, et toute la foi jusqu’à transporter les montagnes, s’il me manque l’amour, je ne suis rien. J’aurais beau distribuer toute ma fortune aux affamés, j’aurais beau me faire bruler vif, s’il me manque l’amour, cela ne me sert à rien ». (1 Cor.13,1-3)
L’appel à la charité interpelle l’engagement chrétien comme : Hébreux 13.2-3 : N’oubliez pas l’hospitalité ; Hébreux 13,3 : souvenez-vous des prisonniers. La grande certitude est la présence réelle et le soutien certain de Jésus comme vrai compagnon : « Et moi, je suis avec vous, tous les jours, jusqu’à la fin du temps ». (Mt. 28,20) Plus le Christ demeurera au centre de la vie de chaque jour, plus vous vous attacherez à Jésus, plus vous deviendrez capables d’être proches les uns des autres. En fait, l’imitation du Christ implique dans les événements du monde.
Les réalités de l’engagement d’appartenance à une famille religieuse ne peuvent empêcher de savoir ce qui se passe dans le monde. Il faut s’informer de ce qui se passe dans le monde grâce aux moyens de communication comme la radio, la Télévision, les journaux. Il ne s’agit pas d’être déconnecté, déboussolé du coût de la vie. Il s’agit de savoir ce qui se déroule dans le monde, pour en donner une réponse adaptée, un apostolat conséquent.
Ainsi, la seule personne qui donne sens à la vie c’est Jésus et fait prendre conscience. De cette façon, « ceux que Dieu appelle à sa suite sont eux aussi consacrés et envoyés dans le monde pour poursuivre sa mission. De plus, sous l’action de l’Esprit Saint, la vie consacrée elle-même devient mission. Plus les personnes consacrées se laissent configurer au Christ, plus elles le rendent présent et agissent dans l’histoire pour le salut des hommes ».

IV. Saint Vincent de Paul : modèle de service des pauvres

A la suite de Jésus Christ modèle parfait de service aux pauvres, les communautés religieuses de charité imitent le vécu de Saint Vincent de Paul. A l’école de Saint Vincent de Paul, les congrégations de charité doivent rapprocher l’Eglise des pauvres et devenir solidaire. Cela revient à dire que l’apostolat est orientée vers les marginalisés pour leur réinsertion et considération, dépasse l’aide simplement d’assistance en secourant les pauvres et de tout effort de promotion . De ce fait, il s’agit d’apprendre à organiser les œuvres de charité au service des miséreux.
Comme le dit si bien le Père Georges Albert, Religieux de Saint Vincent de Paul: Vincent de Paul, « c’est lui qui a organisé la charité et mobilisé les femmes au service des miséreux. Enfin, chose inouï à l’époque ; il a envoyé des femmes consacrées visiter les indigents à domicile et soigner les blessés sur les champs de bataille. Une nouveauté qui continue jusqu’à nos jours. On rencontre chez lui non seulement la volonté de secourir les malheureux, mais aussi celle de les éduquer et de le mettre débout. Il a même réussi à transformer les mentalités de ses contemporains à l’égard des misérables et des exclus .»
La spiritualité Vincentienne fonde le service des pauvres dans l’incarnation même du Christ qui s’est fait pauvre pour enrichir les pauvres et les évangéliser. Il a vécu parmi les humbles et a assumé la pauvreté et la condition des petits jusqu’à subir l’humiliation et la mort de la croix, pour enfin triompher par sa résurrection.
Jésus-Christ s’est révélé accueillant et miséricordieux envers les malades, les enfants, les mendiants, les pécheurs, les étrangers et les exclus. « Jésus s’est donc fait solidaire d’une humanité souffrante et opprimée. Aussi l’option préférentielle pour les pauvres se réfère-t-elle constamment à la personne de Jésus . »

V. Le service des pauvres : une démarche individuelle et communautaire

La célébration communautaire de ce bicentenaire est une démarche qui prouve la capacité de tout individu et de toute communauté à s’interroger sur sa pratique quotidienne à la lumière du passé afin de tirer les enseignements conséquents et d’orienter le futur. C’est dans ce sens que l’action caritative réussie et conséquente ne peut être que le fruit d’une réflexion communautaire assumée et expérimentée individuellement.
En effet, chacun de disciple du christ est appelé d’abord, de manière spécifique, à mener sa démarche spirituelle intérieure et le vécu de la charité par l’apostolat au service des pauvres et se fondre dans l’élan communautaire de charité. C’est ainsi que ce qui est vécu personnellement doit refléter la démarche communautaire concertée et conciliée.
En fait, c’est à chacun et à la communauté de poser des actes constructifs en faveur des pauvres. C’est dans ce sens que le Pape Jean Paul II pouvait affirmer que l’Eglise : « compte sur le dévouement constant de ce groupe élu de ses fils et filles, sur leur aspiration à la sainteté et sur l’enthousiasme de leur service ^pour favoriser et soutenir la tension de chaque chrétien vers la perfection et renforcer l’accueil solidaire du prochain, en particulier du plus démuni. C’est de cette façon qu’est témoignée la présence vivifiante de la charité du Christ parmi les hommes ».
Saint Vincent de Paul voudrait à ce que les disciples du Christ deviennent « les instruments de l’immense paternelle charité de Dieu. (XII, 262 ) Il destinait les filles de la charité à représenter la bonté de Dieu à l’endroit des pauvres malades. (X, 331-332). En fait c’est vivre les deux axes de la spiritualité vincentienne à savoir : la vie dans le Christ et le primat de la charité. C’est ce qui fait que le Christ vive en nous et qu’il se manifeste dans notre agir par la pratique de la charité. Il est question de la consécration entière de soi-même à Dieu et à ses frères, d’être tout donné à Dieu, le dévouement absolu pour le service des pauvres.

VI. Prière et action

La vie apostolique devra combiner harmonieusement la prière et l’action. Ces deux moments sont intimement liés et inséparables au risque de perdre le vrai sens de la charité. C’est dire que la prière pousse à l’action et cette dernière ramène à la prière.
Comme Jésus nous avons la même tâche et le même pouvoir : d’attirer à lui les âmes et d’intercéder pour elles auprès de celui qui a confié la mission. Ainsi s’établit l’incidence de l’intercession de l’homme sur la volonté de Dieu comme cela se manifeste bien dans l’intercession d’Abraham (Gn. 18, 26-27) « Je ne suis que cendre et poussière, mais je parlerai à Dieu. Exode 32, 10-14 : Moise implora l’Eternel, son Dieu.
Le risque de l’activisme guette les communautés apostoliques quand l’action l’emporte sur la vie intérieure et la prière. Il arrive d’évoquer à tort et comme un faux fuyant la pensée de Saint Vincent de Paul : « savoir quitter Dieu pour Dieu », alors que la référence est faite aux emplois difficiles, entre ce qu’on quitte et le sujet légitime qu’on opte à ce moment. Autrement dit, c’est quitter une œuvre de Dieu pour en faire une autre de plus grande obligation et aller où Dieu appelle.
Jn 17 révèle un aspect important de la prière du Christ : celui d’intercéder et de prier pour ses fidèles. De même les synoptiques relatent le retrait de Jésus pour la prière. Jésus est conscient que ce qu’il fait, c’est l’œuvre du père et les paroles qu’il proclame lui viennent de Dieu. C’est au père de le réaliser et de l’achever. Jésus a conscience des limites que l’incarnation ou son humanité lui imposent. Cfr. (Jn 5.)

VII. L’inventivité de la charité au service des pauvres.

L’annonce de la Bonne nouvelle du salut constitue une préoccupation constante de l’église en général et des sœurs servantes des pauvres en particulier. L’exigence de l’annonce appelle un nouvel effort d’éducation à la foi.
Le service des pauvres n’est pas à réduire à la perspective matérielle, tant que la pauvreté spirituelle est aussi un fléau de tout le temps. Du fait que l’élan naturel voudrait à ce qu’on réponde plus et spontanément à la pauvreté matérielle à cause des effets de sa visibilité. C’est ainsi qu’il ne faut pas se perdre en dissociant ces deux types de pauvreté afin d’être le plus fidèle possible de Saint Vincent de Paul.
De cette perspective, s’impose la mission d’enseigner. D’où la nécessité d’embrasser les différentes manières de proclamer la parole de Dieu. C’est le sens que Vita consacrata se donne « ainsi la vie consacrée ne se contentera pas de lire les signes de temps, mais elle contribuera aussi à élaborer et à mettre en œuvre de nouveaux projets d’évangélisation pour les situations actuelles. Tout cela se fera dans la certitude de foi que l’Esprit sait donner les réponses appropriées aux questions les plus délicates . » Nulle doute, la foi chrétienne appelle à des nouvelles réponses pour rejoindre les besoins d’évangélisation et des plus pauvres.
La particularité de la pauvreté dans notre contexte exige de repenser les méthodes d’approches et les manières d’agir qui soient capables de répondre au besoin des pauvres. C’est ainsi que Saint Vincent de Paul pouvait affirmer que « la charité est inventive jusqu’à l’infini » (XI, 146).
« Quelle audace ne fallait-il pas pour envoyer des femmes consacrées, sans habits religieux, dans les prisons et sur les champs de bataille, pour mobiliser les grandes dames en faveur des enfants trouvés ? Jusque-là les moniales secouraient les indigents qui frappaient à la porte de leur monastère, désormais les filles de la charité iront, elles-mêmes, servir les pauvres à domicile. Tout cela, c’étaient des nouveautés . »
L’évolution de la société et le caractère dynamique de l’homme appellent des nouvelles réponses aux questionnements nouveaux de la pauvreté tant matérielle que spirituelle. Il s’agit de se doter des repères d’intervention dans le domaine de la proclamation de la parole de Dieu et du service explicite de la charité auprès des pauvres.
Je voudrais vous inviter à fixer le regard sur Jésus Christ, Maître et Seigneur de notre vie, par le moyen des paroles rapportées

L’époque à laquelle nous vivons nous impose de repenser globalement la formation des personnes consacrées, qui ne se limite plus à une période de la vie. Non seulement parce qu’elles doivent devenir toujours plus capables de s’insérer dans une réalité qui change selon un rythme souvent frénétique, mais aussi, et plus encore, parce que c’est la vie consacrée elle-même qui exige de par sa nature, une disponibilité permanente chez ceux qui y sont appelés. En effet, si la vie consacrée est en elle-même « une appropriation progressive des sentiments du Christ, il semble évident que ce chemin ne pourra que se poursuivre tout au long de l’existence, pour engager toute la personne, son cœur, son esprit et ses forces (cf. Mt. 22,37), et la rendre semblable au Fils qui se donne à son Père pour l’humanité. Ainsi conçue, la formation n’est plus seulement un temps pédagogique de préparation aux vœux, mais elle représente une façon théologique de penser la vie consacrée, qui constitue en soi une formation jamais achevée, une « participation à l’action du Père qui, par l’Esprit, développe dans le cœur les sentiments du Fils.
Il sera alors important que toute personne consacrée soit formée à la liberté d’apprendre pendant toute son existence, à tout âge et toute saison de la vie, dans tout milieu et tout contexte humain, de toute personne et de toute culture, afin de pouvoir s’instruire à partir de tout fragment de vérité et de beauté qui se trouve autour d’elle. Mais en elle devra surtout apprendre à se laisser former par la vie quotidienne, par sa communauté et par ses frères et sœurs, par les choses de tous les jours, ordinaires et extraordinaires, par la prière et le travail apostolique, dans la joie et dans la souffrance, jusqu’au moment de sa mort.

VIII. Le caractère prophétique du service des pauvres

Le service auprès des pauvres constitue un engagement à la défense de leurs droits. Il ne se limite et ne se contente des effets et conséquences de la pauvreté, avec risque d’instaurer la dépendance, mais vise à s’attaquer voire éradiquer les causes de la pauvreté matérielle et spirituelle. Dans ce sens, l’engagement socio-politique-religieux s’impose de soi. C’est dire que le disciple du Christ s’attelle à organiser la cité et ses services au profit des pauvres en particulier. La démarche commence par l’éveil de conscience des dirigeants, de tous ceux qui ont une parcelle d’autorité afin de parvenir à la prise en compte de la situation des pauvres.
C’est une mission délicate et périlleuse de par le caractère contraignant de dénonciation, de stigmatisation et de donner les orientations nouvelles capables de déboucher sur le changement de système social et de mentalité en faveur des pauvres. « La vie religieuse, qui par nature allait au-devant de nouveaux besoins et servait les plus démunis, a été dans ses meilleures périodes vraiment prophétiques et donc semblait souvent rebelle ». C’est reconnaitre que toute vie religieuse est une aspiration aux biens célestes, dans la certitude que le Christ qui accompagne ses disciples est assez puissant pour accomplir ce qu’il a promis afin d’instaurer le règne de Dieu sur terre.
Le service des pauvres selon Vincent de Paul exige les cinq vertus spécifiques : humilité, simplicité, zèle apostolique, douceur et mortification. La vie chrétienne suppose, pour le service entre autre : compassion, tendresse, délicatesse, cordialité, générosité, indulgence, joie, paix, tolérance, esprit d’écoute, ouverture, tempérance et prudence. Ce sont en fait les marques de l ‘amour. Gal.
Pour les consacrés : « quand la vie religieuse est à son meilleur et à son plus fécond, elle pratique, à l’égard de l’Eglise et du monde, un prophétisme aimant . C’est dire que l’accomplissement de la mission prophétique des religieux se réalise à travers la qualité de l’amour. Tout est fait par l’amour et dans l’amour. Comme susmentionné, L’amour constitue ainsi la mesure et le critère du service en faveur des pauvres

IX. Le service comme action qui humanise et divinise.

L’action de charité envers les pauvres doit faire preuve de considération de la personne. C’est-à-dire que l’assistance apportée aux pauvres doit préserver leur dignité.
En fait, le service des pauvres doit tendre vers l’autonomisation. L’idéal voudrait à ce que les actes posés en faveur des pauvres ne soient des futiles jeux d’enfants, monotones, sporadiques, avilissants ni dégradants, mais qui responsabilisent les bénéficiaires. Ainsi, l’autonomie recherchée peut se vérifier par la capacité des pauvres de se prendre en charge grâce à l’assistance reçue et de devenir indépendants. Le rôle de l’aide consiste à satisfaire le besoin et éveiller les facultés des pauvres pour se déterminer.
Il est vrai que le disciple du Christ se réalise par son service auprès des pauvres. Il le fait au nom de son engagement baptismal et par surcroit de sa consécration religieuse. Mais il l’accomplit dans le respect strict de ces trois principes : l’humilité, la simplicité et la charité retenus dans nos constitutions..

X. Spécialistes de l’humain et du social

L’invitation est lancée aux disciples du Christ en général et aux membres de la congrégation de sœurs servantes des pauvres en particulier de connaître profondément les bénéficiaires de leur apostolat pour pouvoir orienter l’aide sociale et se révéler spécialiste de l’humain et du social.
La réussite de la pastorale et de l’apostolat auprès des pauvres exigent la maitrise de l’homme à partir de ses besoins et aspirations les plus profondes et nécessaires.
L’Eglise répond aux besoins matériels et spirituels par les œuvres de miséricorde corporelles et spirituelles. Il convient de retenir d’abord des œuvres corporelles les exigences suivantes :
a) Nourrir les affamés : Il revient à la congrégation de donner à manger aux personnes qui souffrent de la faim. Jésus n’a-t-il pas demandé à ses disciples de donner à manger aux foules : le récit de la multiplication des pains. (Jn 6,1-15) En fait, l’aide ne peut pas enfermer dans la dépendance, mais rendre le pauvre autonome.

b) Donner à boire aux assoiffés : C’est savoir offrir un verre d’eau aux assoiffés pour étancher la soif. Cela signifie aussi donner la vie et soutenir la vie, comme nous ne cessons de le dire que l’eau c’est la vie.

c) Vêtir les dénudés : il est question de couvrir le corps, de le protéger et redonner la dignité corporelle aux pauvres afin d’éviter les ridicules, les moqueries et les scandales.

d) Héberger les sans-logis : l’œuvre consiste à garantir à chacun un abri et s’exercer à l’hospitalité, dans la mesure du possible.

e) Libérer les prisonniers : Il s’avère indispensable de défendre les droits humains, la cause des pauvres et promouvoir leur liberté.

f) Visiter les malades : l’œuvre consiste à fréquenter les malades et donner sens à la souffrance humaine par la foi et solliciter dans l’espérance la guérison en Jésus-Christ.

g) Ensevelir les morts : Il revient aux chrétiens de préparer, d’organiser et de célébrer les funérailles dignes des morts, car le corps humain est sacré.

Afin de répondre au besoin spirituel des pauvres, il convient également de pratiquer les œuvres spirituelles ci-après entre autres :
a) Admonester les pécheurs : tout disciple du Christ est appelé à réprimander et avertir les pécheurs du danger, du sort et des conséquences du péché. Rm. 8,6-8. Il n’est nullement question de condamner, critiquer ou maudire. D’ailleurs le christ exige de prier pour les pécheurs pour qu’ils se convertissent et qu’ils vivent. Dieu ne se plait pas de la mort d’un pécheur.

b) Instruire les ignorants : Le chrétien est une personne avertie, formée, connaisseur, savant sur les vérités de la foi catholique et appelle les autres à la même connaissance et indiquer les moyens de salut aux ignorants.

c) Conseiller les incertains : Devant l’indécision, le doute et l’incertitude, le propre du chrétien est de conseiller pour qu’éclate la vérité, la foi, la certitude. Grâce à cette œuvre spirituelle, les incertains peuvent dissiper les hésitations à la foi, au salut et à l’engagement chrétien.

d) Consoler les affligés : la mission qui incombe au disciple du Christ est de libérer le cœur de l’homme des tourments afin de parvenir au salut dans la liberté des enfants de Dieu. Il faut dissiper les chagrins, écarter la douleur du cœur

e) Supporter avec patience les importuns : Le serviteur des pauvres usent de patience vis-à-vis de ceux qui dérangent, ceux qui sont difficiles à aborder. C’est l’école de la tolérance.

f) Pardonner volontiers : il est donné au serviteur de Dieu d’offrir le pardon à ceux qui offensent. Le pardon est accordé sans limite et sans condition.

g) Prier pour les vivants et pour les morts : toute la vie du chrétien, disciple du Christ est prière. De cette façon, il est établi intercesseur pour les vivants et pour les morts parce qu’il vise le bien-être dans cette vie et dans le monde à venir..
Ces œuvres ne sont pas à réduire aux habitudes passées, rudimentaires, archaïques et traditionnelles, elles doivent se renouveler et s’adapter au temps et aux circonstances et répondre au développement de la science, de la technique et de la technologie. C’est dire que la congrégation est appelée à promouvoir l’émancipation des bénéficiaires par son agir chrétien.
Il s’impose la nécessité d’entrer en relation et de dialoguer avec les pauvres, car l’être humain se définit par sa capacité à exprimer ses expériences les plus profondes et à les partager avec les autres membres de la communauté. Par la qualité du dialogue interpersonnel, le disciple du Christ fait l’expérience de ses limites à se réaliser tout seul sans le concours des autres même pauvres soient-ils. L’Eglise s’engage dans la voie du dialogue parce qu’elle s’inspire de l’amour qui se vit entre les personnes de la Trinité.
Les Evangiles nous présentent les récits qui montrent Jésus comme un homme de relation et de dialogue. Le Christ dans les évangiles refuse toute barrière et se montre accueillant à tous ceux qu’il rencontre sur sa route. Les marginalisés de la société, les exclus, les étrangers se sentent accueillis par Jésus. Il est ouvert aux autres de manière inconditionnelle et affirme qu’il est révélateur de la relation de Dieu avec l’humanité, pour que d’autres à leur tour puissent s’engager dans cette voie du dialogue inconditionnel. C’est ainsi que le Pape Jean-Paul II pouvait affirmer : « tout homme a été racheté par le Christ, parce que le Christ est en quelque sorte uni à l’homme, à chaque homme sans aucune exception, même si ce dernier n’en est pas conscient . »

XI. L’option préférentielle des pauvres

La foi chrétienne exige de placer les pauvres au centre de l’action charitable. La lettre apostolique sur le Jubilé de l’an deux mille exhortait l’Eglise à considérer l’option préférentielle pour les pauvres et les exclus L’action apostolique de l’Eglise est appelée à être organisée en faveur des pauvres. C’est la voie du renouvellement de la vie consacrée.
Dieu n’a-t-il pas choisi les pauvres (jacques 2,5), Jésus-Christ prend le contre pieds des positions marginalisant les pauvres pour leur redonner la dignité des enfants de Dieu et montrer la place de choix dans le dessein de Dieu, voire dans l’orientation de son apostolat.
La question de l’homme en général et des pauvres en particulier façonne les rapports entre humains depuis les millénaires. Ces rapports doivent être maitrisés. Le travail de l’apostolat en faveur des pauvres doit tendre vers la libération intégrale, mettre fin à la domination de l’homme par l’homme et valoriser l’égalité et la fraternité de tous les hommes.
De cette manière, nous citons : « la quête de la liberté et l’aspiration à la libération, qui sont parmi les principaux signes des temps du monde contemporain, ont leur racine première dans l’héritage du christianisme. Cela reste vrai même là où elles revêtent des formes aberrantes et en viennent à s’opposer à la vision chrétienne de l’homme et de sa destinée. » Ainsi, aucun travail des pauvres ne peut désister à la mission de libération et de liberté.
Il est vrai que Jésus est un ami exigeant qui indique de hauts sommets et demande de sortir de soi-même pour aller à sa rencontre, en lui confiant toute la vie : « Qui perdra sa vie à cause de moi et de l’Évangile la sauvera » (Mc 8,35). Cette proposition peut apparaître difficile et dans certains cas peut même faire peur. Dans ce contexte est-il mieux de se résigner à une vie sans idéaux, à un monde construit à sa propre image et ressemblance, ou plutôt de chercher avec générosité la vérité, le bien, la justice, de travailler pour un monde qui soit le reflet de la beauté de Dieu; même au prix de devoir affronter les épreuves que cela comporte?
« Venez et voyez ». Vous rencontrerez Jésus là où les hommes souffrent et espèrent : dans le monde. Chaque personne, en réalité, est membre du corps Christ. Cela revient à dire que Jésus demeure à côté de vous, dans les frères avec lesquels vous partagez l’existence quotidienne. Son visage est celui des plus pauvres, des marginaux, souvent victimes d’un modèle de développement injuste, qui met le profit à la première place et fait de l’homme un moyen. Celui-ci souffre parce que ses droits ont été niés, ses espoirs trahis, ses angoisses ignorées. C’est là, parmi les hommes, que se trouve la maison du Christ, qui vous demande d’essuyer, en son nom, toute larme et de rappeler à celui qui se sent seul que personne n’est jamais seul si on place en Lui son espérance (Mt 25, 31-46)

XII. Le service désintéressé.

Il s’avère indispensable que l’action de charité au profit des pauvres ne poursuive pas son intérêt, mais de ces derniers, quand bien même cela peut susciter la satisfaction personnelle. De cette manière, les pauvres ne peuvent être utilisés comme moyen pour soi mais une fin en soi. C’est dire que tout est fait à l’avantage des pauvres.
La charité chrétienne se distingue des autres formes du vécu par l’intention et la finalité du donateur. De cette façon, le disciple du Christ ne se livre pas en spectacle, une forme de visibilité purement charnelle juste pour se faire voir et profiter personnellement au maximum des pauvres.
C’est pour cela que l’action d’aide des politiciens est intéressée. Ils visent la quantité des électeurs en leur faveur et l’adhésion à la vision et idéologie politique, comme les organisations non gouvernementales.
Il s’agit de savoir ce qu’on a. Chacun à quelque chose à donner. Personne n’est pauvre de tout. Nous avons toujours quelque chose à donner en référence à l’aumône de la veuve. Jésus précise le bénéficiaire de notre don, il s’agit des pauvres. On donne aux pauvres quelque chose qui a de la valeur à ses propres yeux, ce qu’on aimerait garder pour soi. Personne n’est pauvre pour n’avoir rien à donner aux autres et personne n’est riche pour n’avoir rien à recevoir des autres.
Il faut devenir fou de Dieu dans le service désintéressé des pauvres. Dans la Bible nous avons les exemples de ceux qui sont devenu fous de Dieu : Abraham. Gn 18, 1-3 4-5.
• Abraham : A l’âge de 78, Abraham parti à l’aventure. Exode 3,4
• Récits de Moïse. Exode 4,18; Isaïe 6, 1-8 : me voici, envoie-moi.
• 1 Samuel 3, 1-14 : parle Seigneur ton serviteur…
• Jérémie 1, 5-19 : je ne suis qu’un enfant.
• Marie : Luc 1,26-38 : voici la servante du Seigneur .Luc 4, 18; Jn 19, 30.
• Les apôtres : Mt 4,118-22 : Ils le suivirent. Paul apôtre de nation.
Les pauvres, vous en auraient toujours (Jean 12,8), Jésus christ fait preuve de réalisme face à la pauvreté et révèle sa permanence comme un fait de société. Au-delà de l’illusion d’éradiquer le phénomène, car même dans des sociétés dites développées, la pauvreté tant matérielle que spirituelle n’est toujours pas éradiquée. C’est d’ailleurs la raison majeur du vécu de ce charisme de charité d’autant plus que la pauvreté s’impose à nous et s’installe. C’est la dimension actuelle encore du Charisme.

XIII. Confiance en la providence de Dieu

La pratique de la charité appelle à mesurer ses moyens, ses capacités et ses potentialités pour atteindre les objectifs de la mission. Il n’est nullement question de la prétention à la réussite par ses propres efforts ou de se borner par le déterminisme de la condition humaine. Le service des pauvres exige d’une part de compter sur la grâce de Dieu et de travailler pour l’avènement du règne de Dieu par l’engagement concret d’autre part. C’est ainsi que la confiance en la providence aide à réussir la mission d’humanisation et de divinisation.
Devant les défis croissant et la complexité de la pauvreté de nos semblables à nos jours, l’impasse, le questionnement, le découragement, le manque des moyens financiers, l’incertitude du lendemain, la peur et le refus de s’engager ou de continuer à servir peuvent contraindre à l’abandon, mais c’est le moment par excellence d’étendre les œuvres de charité et de se remettre à Dieu seul. C’est ce qui explique l’éveil de conscience de saint Vincent de Paul en s’adressant aux filles de la charité, les dames de la charité doivent-elles continuer ou abandonner l’œuvre des enfants trouvés ?
« Mesdames, la compassion et la charité vous ont fait adopter ces petites créatures pour vos enfants ; vous avez été leurs mères selon la grâce depuis que leurs mères selon la nature les ont abandonnés. Voyez maintenant si vous voulez aussi les abandonnés. Cessez d’être leurs mères pour devenir à présent leurs juges ; leur vie et leur mort sont entre vos mains ; je m’en vais prendre les voix et les suffrages ; il est temps de prononcer leur arrêt et de savoir si vous ne voulez plus avoir de miséricorde pour eux. Ils vivront si vous continuez d’en prendre un charitable soin, et, au contraire, ils mourront et périront infailliblement si vous les abandonnez ; l’expérience ne vous permet pas d’en douter ».
Cet exemple de remise en question est à considérer pour tant des cas que vous connaissez dans les services des pauvres depuis vos origines jusqu’à nos jours, avec des situations aussi dramatiques, complexes et décourageants. Mais que l’espérance de grand Saint de la charité vous anime toujours.

XIV. Les perspectives d’avenir

Jésus vit au milieu de nous dans l’Eucharistie, où se réalise de la façon la plus éminente sa présence réelle et où il se rend contemporain de l’histoire de l’humanité. Parmi les inquiétudes, les incertitudes et les distractions de la vie quotidienne, imitez les disciples en chemin vers Emmaüs et, comme eux, dites au Ressuscité qui se révèle dans l’acte de rompre le pain : « Reste avec nous, car le soir tombe et le jour déjà touche à son terme » (Lc 24, 28-32). Invoquez Jésus afin que tout au long des routes des nombreux Emmaüs de notre temps, qu’il reste toujours avec vous. Que ce soit Lui votre force, Lui votre point de repère, Lui votre éternelle espérance.
L’espérance ne déçoit pas. (Rm. 5,5) Je vous invite à l’espérance, à la suite de fondateur en aspiration aux biens spirituels* et confiant que le Christ accomplit toutes ses promesses, faire de notre civilisation le lieu d’amour, un chantier en construction. Car « la charité ne passe jamais. » (1 Cor. 13,8)
Quand tout se vend, quand il n’y a rien de gratuit, le service aux pauvres devient significatif s’il est preuve de gratuité, de générosité, de partage fraternel, de fidélité au Christ. Dans ce sens, le service vrai est un témoignage prophétique, vécu dans la simplicité et l’humilité et qui devient une de protestation contre les formes de défiguration voire de deshumanisation. L’efficacité d’un tel service est marquée par la capacité de se rendre solidaire avec les membres souffrant du corps du Christ et traduire l’élan fraternel .
Le service de charité envers les pauvres doit enserrer le monde dans un réseau de charité et devenir réellement le lieu théologique et moyen de salut. Par le service aux pauvres témoigner et évangéliser. C’est l’invitation à devenir profondément généreux pour consacrer le temps et les meilleures énergies au service des pauvres.
Faire de la prière un agent essentiel de tout service en faveur des pauvres et de leur sanctification. Continuer à croire en la grâce de l’Esprit Saint toujours en œuvre dans l’histoire et qui transforme les misères humaines en voies de salut.
Qu’as-tu fait ? La question que Dieu pose à Caïn révèle la responsabilité de l’homme sur le prochain. Chacun est établi gardien de son frère. De ce fait, c’est l’appel à protéger et préserver la vie de toute manière. En fait c’est l’invitation à affronter les types de pauvreté de l’homme. Vivre l’ouverture à l’autre et l’altérité ainsi que le rapport avec le temps qui change en se le réappropriant sans le subir, tout en poursuivant un dialogue plus riche et plus constructif.
Que faire ? sinon, embraser les cœurs des pauvres du feu que le Fils de Dieu lui-même a fait d’enflammer de son amour. Se mettre à l’école des pauvres, par les contacts directs avec la misère, les besoins matériel et spirituel des démunis.
A notre époque de la mondialisation, il y a plus que jamais besoin de temps, de persévérance et d’attente patiente pour parvenir aux objectifs du service à la manière du Christ. Le besoin de sérénité et de profondeur pour un service de qualité.
Sur ce, que cette réflexion, faite en ces journées culturelles, ne soit de simples énoncés sans mise en œuvre. Mais nous espérons les changements puisque nous avons abordé ce thème en vue des actes constructifs.
Continuons donc notre réflexion en contemplant le visage du Christ, repartir de Lui et témoigner de son amour. C’est de cette manière que la congrégation trouvera une nouvelle vitalité, des nouvelles voies pour servir les pauvres, l’Eglise et l’humanité toute entière.
XV. Conclusion

Nous osons croire que cette conférence a ouvert la voie des orientations aptes à inspirer les interventions de charité au profit des pauvres.
Vous avez compris l’appel à exercer votre amour préférentiel envers les pauvres, autant la pauvreté matérielle que spirituelle, par les œuvres de miséricorde afin de répondre aux besoins de salut des âmes des pauvres et des chrétiens.
Se disposer à marcher sur les pas de Jésus, l’imiter dans ses gestes et paroles, devenir fou de Dieu en sachant que seul lui Jésus donne sens à votre vie, à votre apostolat. Cela, parce qu’il est le chemin, la vérité et la vie. Vous devenez par conséquent le prolongement de la présence de Jésus et de sa vie sur terre.
Vous êtes et devenez les amis du Christ par la vraie communion avec lui et à Dieu pour vous rendre plus humain, vous diviniser et réussir votre apostolat. Sur ce, par la qualité de votre amitié avec Jésus, la décision et l’engagement de répartir toujours du Christ, pour que le Seigneur soit le compagnon de la mission et communique son Esprit, vous progresserez dans la vie divine pour faire de votre réponse un acte pour le salut universel. Comme dit Jésus : « et moi, je suis avec vous tous les jours, jusqu’à la fin du monde » (Mt.28, 20)
L’itinéraire spirituel implique de lire les signes de temps où abondent les zones d’ombres.
De ce fait, accrochez-vous à Jésus, sans le relâcher pour entrer pleinement dans le mystère de Dieu. Votre réponse quotidienne fera de votre vocation et de votre apostolat une histoire d’amitié et d’amour avec le Seigneur Jésus-Christ et avec Dieu.
Sur ce, travaillez selon l’esprit de la fondatrice et vivre un renouvellement spirituel. Avoir des contacts fréquents avec les pauvres, nourrir les sentiments de tendresse et de charité envers les pauvres : ces visages défigurés du Christ, par les types de misère.
Savoir quitter Dieu pour Dieu en articulant harmonieusement la prière et l’action. Chercher à aider et sauver les pauvres en se sauvant soi-même. Sur ce ; la bonne volonté seule ne suffit pas dans une société où l’on recherche le maximum de sécurité, pourtant, les pauvres expérimentent l’insécurité et le manque. Mais il faut susciter un nouvel élan de sainteté au-delà du renouvellement des méthodes pastorales et d’évangélisation.
Faire du troisième millénaire la civilisation de l’amour. C’est dire que l’assistance apportée aux pauvres doit dépasser le seuil de l’aide et la promotion pour devenir œuvre de solidarité avec les pauvres. Ce qui fait que le service auprès des pauvres doit répondre aux aspirations de l’époque, à savoir une quête de sens et un désir d’engagement, tout en s’adaptant aux contraintes.
Le service aux pauvres devient par conséquent une appropriation progressive des sentiments du Christ.

XVI. BIBLIOGRAPHIE

1. Catherine M. Harmer : La vie religieuse au XXIe siecle, en marche vers canaan
aujourd’hui, Ed. Bellarmin, Québec, 1997, 187p.
2. Georges Albert Boissinot : La vie spirituelle selon Vincent de Paul et Jean-Léon
Le Prevost, à la rencontre de Dieu, Fides, Québec, 1997, 207p.
3. Jean-Paul II : La vie consacrée, exhortation apostolique post-synodale sur la
vie consacrée et sa mission dans l’église et dans le monde,
Mediaspaul, Québec, 1996, 212p.
4. Jean-Paul II : Repartir du Christ, Instruction sur : un engagement renouvelé
de la vie consacrée au troisième millénaire, Mediaspaul,
Québec, 2002, 59p.
5. Vincent de Paul : Correspondance, entretiens, documents, Ed. PIERRE Coste ?
14 volumes, 1920-1925.

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